Eclairs

Repenser l’enfer : l’enseignement des pères apostoliques (partie 2)

01/04/2018

Que disaient les successeurs des apôtres sur le sort ultime des incroyants ? Expérimenteront-ils des tourments éternels en enfer ou seront-ils ultimement anéantis ?

Dans cet article, je continue la série Repenser l’enfer1Dans un article précédent, je me suis penché sur le texte de la Didaché et l’épître de Clément de Rome concernant le thème de l’enfer. J’ai expliqué comment leurs écrits corroborent le conditionalisme, l’idée que les gens qui vont en enfer ne sont pas immortels, mais finissent par être anéantis. en considérant l’enseignement de ce qui était jadis considéré comme la deuxième lettre de Clément de Rome aux Corinthiens, mais aujourd’hui reconnu comme une homélie anonyme provenant du début du 2e siècle3Pour lire l’homélie en français, cliquer ici, et en grec, cliquer ici.. Bien qu’on ne connaisse pas l’auteur de cette homélie, celle-ci demeure un témoin important des croyances chrétiennes qui étaient prêchées à l’orée du 2e siècle. Elle sera donc utile à notre investigation sur le développement historique du thème de l’enfer.

La destruction comme orientation existentielle

Dès les premiers versets de l’épître, nous constatons l’importance de la question du sort ultime des croyants et des incroyants : “Nous péchons nous-mêmes si nous ne savons pas d’où nous avons été appelés, par qui et pour quelle destinée, ni toutes les souffrances que le Christ a endurées pour nous.” (1,2) Notre compréhension de cette question a un impact direct sur la valeur que nous attribuons à notre salut et cela a des ramifications sur notre éthique21,1b-2 : “Nous ne devons pas estimer peu notre salut. Car si notre estime est médiocre, médiocre aussi est notre espérance. Ceux qui n’entendent là que de médiocres promesses sont en état de péché…”. Ce verset est une clé herméneutique pour la suite de la lettre, car ces deux destinées sont expliquées dans le but d’avertir les chrétiens du danger de l’incroyance qui les guette46,7 : “Autrement, rien ne nous préservera du châtiment éternel si nous désobéissons à ses commandements.”
7,4-6 : “Il nous faut savoir en effet qu’aux combats périssables celui qui s’avère tricheur est battu de verges, exclu du jeu et chassé du stade. Qu’en pensez-vous? Quel sera alors le châtiment que devra subir celui qui n’aura pas été loyal dans le combat impérissable? Il est dit à propos de qui n’a pas gardé le sceau « Leur ver ne mourra point, leur feu ne s’éteindra point, ils seront en spectacle à toute chair ».”
17,1 : “Repentons-nous donc de tout notre coeur, afin qu’aucun de nous ne périsse… Car si nous avons reçu l’ordre de travailler à détourner des idoles et à enseigner la vérité, à plus forte raison ne faut-il pas laisser périr une âme qui connaît déjà Dieu.”
17,5-7 : “« Leur ver ne mourra pas, leur feu ne s’éteindra pas, et ils seront en spectacle à toute chair ». C’est une allusion au jour du jugement où l’on verra qui, parmi nous, s’est conduit en impie, qui a mal estimé les préceptes de Jésus-Christ. Quant aux justes qui auront fait le bien, supporté des tourments, haï les plaisirs de leur âme, quand ils verront les égarés, les renégats de Jésus en paroles ou en oeuvres, subir leur châtiment par de terribles supplices, ils rendront gloire à leur Dieu, proclamant qu’il y a une espérance pour qui a servi Dieu de tout son coeur ! ;
18,1-2 : “Nous aussi soyons de ceux qui rendent à Dieu un culte d’action de grâces, de ceux qui se sont faits ses serviteurs, et non pas de ces impies qui sont condamnés. Moi-même qui suis pécheur en toute ma personne et qui, loin d’être déjà à l’abri de la tentation, suis en plein dans les filets du diable, je m’efforce de poursuivre la justice, tâchant de pouvoir au moins m’en approcher, car je crains le jugement à venir.”
.

Dans les deux premiers chapitres, l’auteur insiste davantage sur le sort des personnes n’ayant pas la foi en Christ que celui des chrétiens. Il en parle comme d’une condition existentielle5Cette description existentielle ne se retrouvera pas ailleurs dans l’épître. À partir du ch. 5, le sujet revient, mais l’auteur en parlera de façon eschatologique, c’est-à-dire en faisant référence au futur, au jugement dernier et ce qui s’en suivra..

Commun à tous les passages de la colonne de gauche est l’accent sur l’état d’une personne incroyante. Son état existentiel est confondu avec sa fin. Sa condition présente est déterminée par l’orientation de sa vie et le sort ultime qui en découlera au jugement dernier. Trois fois l’auteur utilisera le participe présent απολλυμενους qui signifie “étant en train de périr/d’être détruit” (1,4, 2,5.7). En 2.7, le verbe απολλυμι est utilisé une 4e fois, mais à l’imparfait. Enfin, le nom απωλειαν en 1,7 exprime aussi l’idée d’une destruction qui était expérimentée en continu. Cette notion de destruction déjà expérimentée ici-bas (ηδη, 2,7) dans une certaine mesure6Maladie, souffrances, vieillissement / affaiblissement, mortalité, etc. est cohérente avec la notion “déjà et pas encore” qui parsème tout le NT. Toutes ces occurrences dénotent l’idée de durée. Elles ont comme effet de présenter le sort des incroyants comme le résultat d’une dynamique existentielle dont l’apogée sera manifesté au jugement dernier de la même manière que le salut offert par Christ7Le tout premier verset de l’épître commence avec l’idée du jugement eschatologique : “Frères, nous devons regarder Jésus-Christ comme nous regardons Dieu, comme « le juge des vivants et des morts… ».

À cette image de destruction présentée dans la durée, l’auteur accole l’image de la mort. Celui-ci peut dire “notre vie entière n’était rien d’autre que mort” (1,6) parce qu’il comprend l’état présent des gens comme étant le reflet de leur sort éternel à venir. Vivre à l’ombre d’une condamnation à mort n’est pas vraiment vivre. De la même manière, l’incroyant est présenté comme n’existant pas puisqu’il s’agit de sa destination sans Christ. Cependant, la personne qui met sa confiance en Jésus est passée “du néant à l’être” (1,8)8Le contexte immédiat interdit de voir une allusion à la création des chrétiens en 1,8. Comme François Louvel l’indique dans son commentaire de ce verset, “le païen est comme s’il n’existait pas. Quand il devient chrétien, il passe du néant à l’existence.” (Dominique Bertrand, Les écrits des pères apostoliques (Sagesses chrétiennes), François Louvel (notes), Suzanne Dominique (trad.), Paris, Du Cerf, 2012, p. 128 n. 5) En Rm 3,17-25, Paul fait un parallèle entre la capacité de Dieu d’amener à l’existence ce qui n’existe pas encore et son pouvoir de ressusciter les morts. Le point de l’homélie est différent : un mourant équivaut à du “néant à retardement”, alors qu’un croyant possédant la vie éternelle a la promesse d’être pour toujours grâce à promesse du don de l’immortalité qui leur sera donnée à la résurrection..

Cette deuxième catégorie est manifeste dès le début de l’écrit : puisque la fin des incroyants est la destruction, ils sont appelés “ceux qui périssent”, puisque leur fin est la mort, leur vie est présentée comme mort, puisque leur fin est néant, ils sont présentés comme n’existant pas réellement. Le sort ultime que vise leur état actuel d’incroyant détermine leur état présent9N’est-il pas possible d’argumenter l’inverse ? À savoir que ces images appuient l’idée des tourments éternels ? N’avons-nous pas là des exemples de personnes conscientes présentées comme mortes, étant en train d’être détruites alors qu’étant qu’encore fonctionnelles, comme néant alors qu’existantes ? Ainsi, leur existence présente ne serait pas le reflet métaphorique de leur sort ultime devant être compris de façon littérale, mais l’inverse : leur existence présente est le cas concret de leur sort ultime qui est métaphorique. Le problème avec cette interprétation, c’est qu’elle fait perdre tout sens de la réalité. Une métaphore doit être ancrée dans un exemple concret et réel. Mais selon la lecture classique, la vie présente comme le sort éternel sont compris de façon métaphorique : mourir ne peut plus vouloir dire cesser de vivre, cesser d’exister. Cette perspective s’avère platonicienne et non hébraïque. Les Juifs avaient une conception très concrète de l’existence. Si nous sommes supposés interpréter la bonne nouvelle “selon les Écritures” (1 Co 15,3-5), alors il faut nous garder de tout spiritualiser comme le faisait les platoniciens. Un autre problème avec cette lecture concerne les images de destructions eschatologiques qui sont l’objet du prochain point..

La destruction comme châtiment eschatologique

     a) Lancé ou détruit dans la géhenne ?

À partir du ch. 5, l’auteur mettra l’accent sur le jugement eschatologique. En 5,4, il cite Mt 10,28 : “Les agneaux après leur mort n’ont plus à redouter les loups. Vous non plus ne redoutez pas ceux qui veulent vous mettre à mort et ensuite ne peuvent rien vous faire, mais craignez celui qui a la puissance, après votre mort, de jeter votre âme et votre corps dans la géhenne de feu. » Une analyse comparative de cette phrase avec Mt 10,28 révèle un certain déplacement dans la métaphore de la géhenne.

L’auteur ne cite pas littéralement Mt 10,28. Plutôt que le verbe détruire (ἀπολέσαι), il utilise « jeter/lancer » (βαλειν) qui est aussi employé par Matthieu ailleurs en lien avec la géhenne (Mt 5,29, 18,9). De plus, en Mt 10,28 on trouve deux καὶ pour mettre l’accent sur la destruction de la totalité de l’être : « …le pouvoir de détruire et l’âme et le corps… » L’homélie en laisse tomber un de sorte que la destruction complète de l’individu est moins évidente. Elle rend aussi explicite l’idée du feu qui n’est pas en Mt 10,28, mais se trouve en Mt 18,9. En fin d’analyse, cette formulation demeure compatible avec le conditionalisme, mais tend à occulter des éléments qui rend évident la destruction complète des pécheurs. L’homélie ne précise pas comme Mt 10,28 ce qui arrive à ceux qui sont lancés dans la géhenne de feu. Cependant, il contraste ce sort immédiatement après, en 5,5, avec le sort des justes a qui ont été promis “le repos du royaume à venir et (…) la vie éternelle.” Cette vie éternelle est l’antithèse d’une “vie entière qui n’est rien d’autre que mort” que nous avons vu en 1,6.

     b) Le feu et les vers

Dans deux passages, l’auteur de l’homélie cite littéralement la version de la Septante d’Ésaïe 66,14. Le premier est en 7,4-6 :

Il nous faut savoir en effet qu’aux combats périssables celui qui s’avère tricheur est battu de verges, exclu du jeu et chassé du stade. Qu’en pensez-vous? Quel sera alors le châtiment que devra subir celui qui n’aura pas été loyal dans le combat impérissable? En effet, il est dit à propos de qui n’a pas gardé le sceau “Leur ver ne mourra point, leur feu ne s’éteindra point, ils seront en spectacle à toute chair”.

Le deuxième passage est en 17,5b-7 où le contexte concerne encore les déserteurs de la foi :

“Leur ver ne mourra pas, leur feu ne s’éteindra pas, et ils seront en spectacle à toute chair.” C’est une allusion au jour du jugement où l’on verra qui, parmi nous, s’est conduit en impie, qui a mal estimé les préceptes de Jésus-Christ. Quant aux justes qui auront fait le bien, supporté des tourments (βασανους), haï les plaisirs de leur âme, quand ils verront les égarés, les renégats de Jésus en paroles ou en oeuvres, subir leur châtiment (κολαζονται) par de terribles supplices (βασανοις), ils rendront gloire à leur Dieu, proclamant qu’il y a une espérance pour qui a servi Dieu de tout son coeur !

L’image du tricheur olympique qui est d’abord battu de verge, puis exclu du jeu et chassé hors du stade illustre bien les deux parties du châtiment eschatologique : tourments, puis mise à mort (exclusion de la vie). L’expression “ils seront en spectacle à toute chair” exprime l’idée que les corps détruits par le feu et les vers seront un vestige du jugement de Dieu et non qu’ils souffriront pour l’éternité devant les justes. Cela serait incompatible avec la “double félicité” et “la joie”, le lieu où “il n’y a plus de peine” qui attend les justes en 19,3-4. Le deuxième passage contient l’idée d’une réjouissance des croyants lorsque les incroyants sont punis. Il faut cependant comprendre ces “terribles tourments/tortures dans le feu”10La version grecque que j’utilise diffère de la version française ici en précisant qu’ils “seront châtiés par des terribles tourments dans/par le feu” : κολαζονται δειναις βασανοις πυρι. Le français ne mentionne pas le feu, symbole de destruction. comme l’équivalent de la première partie de l’image de l’athlète battu de verges comme étant temporaire. La deuxième partie du châtiment, l’expulsion du monde des vivants, est éternel.

     c) Le châtiment éternel

En 6.7, l’auteur de l’homélie avertit les chrétiens en disant : “Autrement, rien ne nous préservera du châtiment éternel si nous désobéissons à ses commandements.” L’expression αιωνιου κολασεως (“châtiment éternel”) est tirée de Mt 25,46, seul autre endroit où les mêmes termes (κόλασιν αἰώνιον) sont utilisés dans le NT. Les noms verbaux, lorsqu’ils sont modifiés par un adjectif, peuvent exprimer l’idée d’effet qui suit l’action. Par exemple, en Hb 6,2, l’auteur parle du “jugement éternel” (κρίματος αἰωνίου)11Le jugement est un nom verbal (sa forme verbale étant “juger”). Un nom non verbal, par exemple, serait “pain”. Or, Dieu ne fera pas l’action de juger en continu pour l’éternité. Le jugement dernier aura lieu à un jour précis (p. ex., Lc 10,14). C’est l’effet du jugement qui sera éternel, de sorte qu’on peut parler de “jugement éternel”. C’est la même chose avec le châtiment éternel. C’est l’effet du châtiment qui est éternel : la mort et la destruction sans possibilité de revenir à la vie122 Thessaloniciens 1:9 met aussi l’accent sur le châtiment éternel comme destruction et exclusion à la vie de Dieu : “Ils auront pour châtiment une destruction éternelle, loin de la face du Seigneur et de la gloire de sa force…”.

L’immortalité conditionnelle à la foi en Jésus

La doxologie à la toute fin de l’homélie contient une idée clé pour la position conditionaliste : “Au Dieu unique et invisible, au Père de vérité, qui nous a envoyé le Sauveur et la source de l’incorruptibilité (αρχηγον της αφθαρσιας), et nous a manifesté par lui la vérité et la vie céleste, à Lui soit la gloire dans les siècles des siècles. Amen.” (20,5)13Ce verset s’inspire probablement de 2 Tim 1,10. Ces deux passages contiennent essentiellement la même idée et plusieurs mots en commun : Dieu a manifesté le Sauveur qui est la source de l’incorruptibilité et de la vie par la vérité/l’Évangile.

Le Sauveur sauve puisqu’il est “la source de l’incorruptibilité” et ce don est accessible par l’adhésion à la “vérité”. Cette vérité qui mène à la vie est assimilable à la volonté de Dieu14“Ainsi, frères, c’est en faisant la volonté du Père, en conservant pure notre chair, en gardant les commandements du Seigneur que nous obtiendrons la vie éternelle.” (Homélie 8,4) . Par opposition, ceux qui ne croient pas en Christ et ne cherchent pas à faire la volonté de Dieu n’auront pas accès à la source de l’incorruptibilité. Ils demeurent corruptibles, c’est-à-dire, orientés vers la décomposition qui mène à la mort, à la cessation de la vie. C’est ce que révèle l’utilisation des mots “corruptible” (φθαρτός) et “incorruptible” (ἄφθαρτος) dans le reste de l’homélie.

Au même titre que les biens et les combats d’ici-bas (comme ceux des athlètes) cesseront éventuellement d’exister puisque corruptibles (sujet à la destruction), ceux qui n’ont pas Christ, la source de l’incorruptibilité, cesseront d’exister15Voir aussi la Didaché 10,2-3 qui présente l’immortalité et la vie éternelle comme accessible par Jésus, privilège des croyants..

 

Références   [ + ]

1. Dans un article précédent, je me suis penché sur le texte de la Didaché et l’épître de Clément de Rome concernant le thème de l’enfer. J’ai expliqué comment leurs écrits corroborent le conditionalisme, l’idée que les gens qui vont en enfer ne sont pas immortels, mais finissent par être anéantis.
2. 1,1b-2 : “Nous ne devons pas estimer peu notre salut. Car si notre estime est médiocre, médiocre aussi est notre espérance. Ceux qui n’entendent là que de médiocres promesses sont en état de péché…”
3. Pour lire l’homélie en français, cliquer ici, et en grec, cliquer ici.
4. 6,7 : “Autrement, rien ne nous préservera du châtiment éternel si nous désobéissons à ses commandements.”
7,4-6 : “Il nous faut savoir en effet qu’aux combats périssables celui qui s’avère tricheur est battu de verges, exclu du jeu et chassé du stade. Qu’en pensez-vous? Quel sera alors le châtiment que devra subir celui qui n’aura pas été loyal dans le combat impérissable? Il est dit à propos de qui n’a pas gardé le sceau « Leur ver ne mourra point, leur feu ne s’éteindra point, ils seront en spectacle à toute chair ».”
17,1 : “Repentons-nous donc de tout notre coeur, afin qu’aucun de nous ne périsse… Car si nous avons reçu l’ordre de travailler à détourner des idoles et à enseigner la vérité, à plus forte raison ne faut-il pas laisser périr une âme qui connaît déjà Dieu.”
17,5-7 : “« Leur ver ne mourra pas, leur feu ne s’éteindra pas, et ils seront en spectacle à toute chair ». C’est une allusion au jour du jugement où l’on verra qui, parmi nous, s’est conduit en impie, qui a mal estimé les préceptes de Jésus-Christ. Quant aux justes qui auront fait le bien, supporté des tourments, haï les plaisirs de leur âme, quand ils verront les égarés, les renégats de Jésus en paroles ou en oeuvres, subir leur châtiment par de terribles supplices, ils rendront gloire à leur Dieu, proclamant qu’il y a une espérance pour qui a servi Dieu de tout son coeur ! ;
18,1-2 : “Nous aussi soyons de ceux qui rendent à Dieu un culte d’action de grâces, de ceux qui se sont faits ses serviteurs, et non pas de ces impies qui sont condamnés. Moi-même qui suis pécheur en toute ma personne et qui, loin d’être déjà à l’abri de la tentation, suis en plein dans les filets du diable, je m’efforce de poursuivre la justice, tâchant de pouvoir au moins m’en approcher, car je crains le jugement à venir.”
5. Cette description existentielle ne se retrouvera pas ailleurs dans l’épître. À partir du ch. 5, le sujet revient, mais l’auteur en parlera de façon eschatologique, c’est-à-dire en faisant référence au futur, au jugement dernier et ce qui s’en suivra.
6. Maladie, souffrances, vieillissement / affaiblissement, mortalité, etc.
7. Le tout premier verset de l’épître commence avec l’idée du jugement eschatologique : “Frères, nous devons regarder Jésus-Christ comme nous regardons Dieu, comme « le juge des vivants et des morts… »
8. Le contexte immédiat interdit de voir une allusion à la création des chrétiens en 1,8. Comme François Louvel l’indique dans son commentaire de ce verset, “le païen est comme s’il n’existait pas. Quand il devient chrétien, il passe du néant à l’existence.” (Dominique Bertrand, Les écrits des pères apostoliques (Sagesses chrétiennes), François Louvel (notes), Suzanne Dominique (trad.), Paris, Du Cerf, 2012, p. 128 n. 5) En Rm 3,17-25, Paul fait un parallèle entre la capacité de Dieu d’amener à l’existence ce qui n’existe pas encore et son pouvoir de ressusciter les morts. Le point de l’homélie est différent : un mourant équivaut à du “néant à retardement”, alors qu’un croyant possédant la vie éternelle a la promesse d’être pour toujours grâce à promesse du don de l’immortalité qui leur sera donnée à la résurrection.
9. N’est-il pas possible d’argumenter l’inverse ? À savoir que ces images appuient l’idée des tourments éternels ? N’avons-nous pas là des exemples de personnes conscientes présentées comme mortes, étant en train d’être détruites alors qu’étant qu’encore fonctionnelles, comme néant alors qu’existantes ? Ainsi, leur existence présente ne serait pas le reflet métaphorique de leur sort ultime devant être compris de façon littérale, mais l’inverse : leur existence présente est le cas concret de leur sort ultime qui est métaphorique. Le problème avec cette interprétation, c’est qu’elle fait perdre tout sens de la réalité. Une métaphore doit être ancrée dans un exemple concret et réel. Mais selon la lecture classique, la vie présente comme le sort éternel sont compris de façon métaphorique : mourir ne peut plus vouloir dire cesser de vivre, cesser d’exister. Cette perspective s’avère platonicienne et non hébraïque. Les Juifs avaient une conception très concrète de l’existence. Si nous sommes supposés interpréter la bonne nouvelle “selon les Écritures” (1 Co 15,3-5), alors il faut nous garder de tout spiritualiser comme le faisait les platoniciens. Un autre problème avec cette lecture concerne les images de destructions eschatologiques qui sont l’objet du prochain point.
10. La version grecque que j’utilise diffère de la version française ici en précisant qu’ils “seront châtiés par des terribles tourments dans/par le feu” : κολαζονται δειναις βασανοις πυρι. Le français ne mentionne pas le feu, symbole de destruction.
11. Le jugement est un nom verbal (sa forme verbale étant “juger”). Un nom non verbal, par exemple, serait “pain”.
12. 2 Thessaloniciens 1:9 met aussi l’accent sur le châtiment éternel comme destruction et exclusion à la vie de Dieu : “Ils auront pour châtiment une destruction éternelle, loin de la face du Seigneur et de la gloire de sa force…”
13. Ce verset s’inspire probablement de 2 Tim 1,10. Ces deux passages contiennent essentiellement la même idée et plusieurs mots en commun : Dieu a manifesté le Sauveur qui est la source de l’incorruptibilité et de la vie par la vérité/l’Évangile.
14. “Ainsi, frères, c’est en faisant la volonté du Père, en conservant pure notre chair, en gardant les commandements du Seigneur que nous obtiendrons la vie éternelle.” (Homélie 8,4)
15. Voir aussi la Didaché 10,2-3 qui présente l’immortalité et la vie éternelle comme accessible par Jésus, privilège des croyants.

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