Devait-il s’appeler Jésus ou Emmanuel ?

12/17/2013

Noël arrive… Quel bon temps pour relire les textes bibliques sur la naissance de Jésus. Si vous êtes comme moi, vous aimerez vous poser des questions sur les récits pour toujours mieux les comprendre. En relisant la naissance de Jésus selon l’évangile de Matthieu, cette question toute simple m’est venue à l’esprit : ce petit bébé, devait-on l’appeler Jésus ou Emmanuel ?

Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre avec toi Marie, ta femme, car l’enfant qu’elle a conçu vient du Saint-Esprit, elle enfantera un fils et tu lui donneras le nom de Jésus, car c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés. Tout cela arriva afin que s’accomplisse ce que le Seigneur avait déclaré par le prophète : ‘Voici que la vierge sera enceinte, elle enfantera un fils et on lui donnera le nom d’Emmanuel, ce qui se traduit : Dieu avec nous (Matthieu 1,20-23).

Nul besoin d’être l’inspecteur Colombo pour déceler que quelque chose cloche…
L’ange dit à Joseph : “Tu lui donneras le nom de Jésus.”
Le prophète avait écrit : “On lui donnera le nom d’Emmanuel.”
Mais Jésus ⧧ Emmanuel.
Alors comment Matthieu peut-il dire que la prophétie s’est accomplie ?

De toute évidence, cette incohérence est vraie sur le plan littéral. Cependant, y’a-t-il certains détails dans le texte qui nous permettraient de faire un rapprochement entre Jésus et Emmanuel sur le plan théologique ? Je pense que oui.

Regardons premièrement la signification de chaque nom.

  • Jésus = Dieu sauve (litt : Yahvé sauve) : “tu lui donneras le nom de Jésus, car c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés.” (Mt 1,21)
  • Emmanuel = Dieu avec nous : “on lui donnera le nom d’Emmanuel, ce qui se traduit : Dieu avec nous.” (Mt 1,23)
Il semble que le nom même de Jésus (Dieu sauve) et sa mission (Jésus sauvera son peuple de ses péchés) impliquent que Jésus est Dieu et donc que Jésus peut être considéré Emmanuel, “Dieu avec nous”. Ce lien devient plus clair lorsqu’on voit que, dans l’Ancien Testament, sauver de la conséquence des péchés était le travail de Dieu seul ! Considérons le Psaume 130,7-8 :

“Israël, attends-toi à l’Éternel ! Car la bienveillance est auprès de l’Éternel et la libération abonde auprès de lui. C’est lui qui rachètera Israël de toutes ses fautes.

Si nous comparons ce psaume à l’annonce de l’ange, nous voyons que tous les éléments des deux passages sont en parallèle.

La concordance entre la mission de Jésus annoncée par l’ange et celle de Dieu dans l’Ancien Testament explique pourquoi Matthieu peut dire que la prophétie d’Ésaïe 7,14 s’est accomplie concernant son nom. Le sauvetage ultime que Dieu veut opérer en faveur des hommes demande la présence même de Dieu parmi les hommes. Jésus (Dieu sauve) sous-entend Emmanuel (Dieu avec nous). La prophétie annonçait la présence de Dieu sur terre pour faire un travail que seul Dieu peut faire et non la prédiction que Jésus s’appellerait littéralement ‘Emmanuel’ : “Le nom Jésus spécifie ce qu’il fait (‘Dieu sauve’), alors que le nom Emmanuel spécifie qui il est (‘Dieu avec nous’)1Michael J. Wilkins, Matthew, Grand Rapids MI, Zondervan, 2002, p.13. Traduction libre. Les parenthèses et l’italique sont de l’auteur. Sur la différence entre la conception populaire et la conception divine du sauvetage à opérer par le Messie : “Le nom ‘Jésus’ était populaire dans le judaïsme du 1er siècle. Il était donné aux garçons comme symbolisant l’espérance de l’envoi du salut par Yavhé, salut qui était très anticipé. Une façon très populaire de comprendre ce salut se fondait sur l’attente d’un Messie qui sauverait Israël de l’oppression romaine et purifierait son peuple (e.g., Pss. Sol. 17). Mais l’ange dépeint un portrait moins populaire, bien que peut-être plus important : le salut des péchés est le besoin de base d’Israël.” (Ibid., p.12) .”

Mais qu’adviendrait-il si Dieu n’était pas venu en Jésus pour sauver “son peuple de ses péchés” ? Encore une fois, le Ps 130 peut nous éclairer là-dessus. Au Ps 130,3, le psalmiste demande : “Si tu gardais le souvenir des fautes, Éternel, Seigneur, qui pourrait tenir debout2LXX Ps 129,3 : τίς ὑποστήσεται; = “qui tiendra debout ?” ; Le TM utilise Amad qui a aussi le sens littéral de “tenir debout”. ?” Plusieurs traducteurs comprennent l’idiome “tenir debout” comme signifiant “continuer à vivre, à exister” et traduisent donc la question du psalmiste par “qui pourrait subsister3COL, LS, LS21 et NEG : “qui pourrait subsister ?” ; TOB, JER et SEM : “qui subsistera ?” ; BFC : “qui pourrait survivre ?” ; NBS : “qui pourrait tenir debout ?” ; PDV : “qui pourra tenir debout ?” ?”

C’est le propre des vivants que de pouvoir se tenir debout. Les morts “tombent” et ils demeurent couchés dans la poussière de la terre. L’écho du Ps 130 au travers de Mt 1,21 m’amène à cette conclusion concernant Noël : si Jésus ne vient pas pour payer les fautes de l’humanité, celle-ci ne tiendrait pas debout devant Dieu. Tôt ou tard, nous cesserions tous d’exister individuellement et collectivement. Mais il est venu, et par sa mort, il a payé pour nos fautes. Trois jours plus tard, il a été relevé et se tient encore debout. Se tenir debout devant Dieu concorde bien avec les métaphores employées pour parler de la résurrection. En grec, celle-ci est véhiculée par l’image du réveil et du relèvement4Même la position assis peut représenter un état de faiblesse. C’est ce que l’on voit dans le Pasteur d’Hermas 19,1 – 20,3 : “– Pourquoi était-elle assise dans un fauteuil? Je voudrais le savoir, Seigneur. – Parce que tout homme faible, à cause de sa faiblesse, est obligé de s’asseoir pour réconforter son corps débile. Voilà le sens général de la première vision. Lors de la seconde vision, tu la vis debout, l’air plus jeune et plus gai qu’auparavant, mais avec le corps et les cheveux d’une vieille. Ecoute, dit-il, la comparaison suivante. Un vieillard qu’ont déjà conduit au désespoir la faiblesse et l’indigence n’attend plus rien que le dernier jour de sa vie ; mais voici que brusquement lui échoit un héritage ; à cette nouvelle, il s’est levé et tout à la joie, il s’est revêtu de force. Il n’est plus couché, mais debout ; son esprit déjà flétri par ses peines antérieures, rajeunit ; il n’est plus toujours assis, mais agit en homme : il en va de même pour vous, une fois entendue la révélation que le Seigneur vous a faite. Il a eu pitié de vous, il a rajeuni votre esprit ; vous, vous avez rejeté votre mollesse et la force vous est revenue et vous vous êtes affermis dans la foi. Et voyant votre force, le Seigneur s’est réjoui…”.

Le temps de Noël communique généralement une atmosphère joyeuse où chants traditionnels, décorations colorées et esprit de générosité s’entremêlent. Pour expérimenter cela, encore faut-il être capable de se tenir debout. Noël est aussi synonyme de retrouvailles et rapprochements alors que la priorité est mise sur les temps avec notre famille et nos amis, les célébrations diverses, les partys de bureau, etc. Pour expérimenter cela, encore faut-il être capable de se tenir debout. Tous ces éléments du temps des fêtes, dans leur aspect positif, ne représentent qu’un avant-goût de ce que Dieu nous offre pour l’éternité. Cette force vitale nous permettant d’être debout, et la vie plus profonde, infinie en qualité et en durée, est accessible en Jésus. Il est Dieu venu parmi les hommes pour enlever l’entrave nous empêchant de recevoir une vie illimitée. “En lui, nous avons la vie, le mouvement et l’être.” (Ac 17,28) En lui, nous tenons debout. Et si nous tombons, dans la vie comme dans la mort, par lui, nous avons la possibilité d’être relevés.

Jésus est notre cadeau. Joyeux Noël !

Références   [ + ]

1. Michael J. Wilkins, Matthew, Grand Rapids MI, Zondervan, 2002, p.13. Traduction libre. Les parenthèses et l’italique sont de l’auteur. Sur la différence entre la conception populaire et la conception divine du sauvetage à opérer par le Messie : “Le nom ‘Jésus’ était populaire dans le judaïsme du 1er siècle. Il était donné aux garçons comme symbolisant l’espérance de l’envoi du salut par Yavhé, salut qui était très anticipé. Une façon très populaire de comprendre ce salut se fondait sur l’attente d’un Messie qui sauverait Israël de l’oppression romaine et purifierait son peuple (e.g., Pss. Sol. 17). Mais l’ange dépeint un portrait moins populaire, bien que peut-être plus important : le salut des péchés est le besoin de base d’Israël.” (Ibid., p.12)
2. LXX Ps 129,3 : τίς ὑποστήσεται; = “qui tiendra debout ?” ; Le TM utilise Amad qui a aussi le sens littéral de “tenir debout”.
3. COL, LS, LS21 et NEG : “qui pourrait subsister ?” ; TOB, JER et SEM : “qui subsistera ?” ; BFC : “qui pourrait survivre ?” ; NBS : “qui pourrait tenir debout ?” ; PDV : “qui pourra tenir debout ?”
4. Même la position assis peut représenter un état de faiblesse. C’est ce que l’on voit dans le Pasteur d’Hermas 19,1 – 20,3 : “– Pourquoi était-elle assise dans un fauteuil? Je voudrais le savoir, Seigneur. – Parce que tout homme faible, à cause de sa faiblesse, est obligé de s’asseoir pour réconforter son corps débile. Voilà le sens général de la première vision. Lors de la seconde vision, tu la vis debout, l’air plus jeune et plus gai qu’auparavant, mais avec le corps et les cheveux d’une vieille. Ecoute, dit-il, la comparaison suivante. Un vieillard qu’ont déjà conduit au désespoir la faiblesse et l’indigence n’attend plus rien que le dernier jour de sa vie ; mais voici que brusquement lui échoit un héritage ; à cette nouvelle, il s’est levé et tout à la joie, il s’est revêtu de force. Il n’est plus couché, mais debout ; son esprit déjà flétri par ses peines antérieures, rajeunit ; il n’est plus toujours assis, mais agit en homme : il en va de même pour vous, une fois entendue la révélation que le Seigneur vous a faite. Il a eu pitié de vous, il a rajeuni votre esprit ; vous, vous avez rejeté votre mollesse et la force vous est revenue et vous vous êtes affermis dans la foi. Et voyant votre force, le Seigneur s’est réjoui…”

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One comment on “Devait-il s’appeler Jésus ou Emmanuel ?

  1. Oliver Mai 17, 2019

    Un article tout simplement magnifique. Soyez bénis.

Théophile © 2015