Le deuxième évènement qui surviendra à la fin des temps, selon la Bible, est la résurrection des morts. Lors de la première mort, le corps humain cesse de vivre et se décompose, mais l’âme subsiste (sans être pour autant immortelle comme le pense Platon). Autrement dit, au décès, l’âme (ou l’esprit) d’une personne se retrouve temporairement soit dans la présence de Dieu (le paradis), soit dans le séjour des morts. Jusqu’à la résurrection, les êtres humains demeurent dans l’un de ces lieux dans un état désincarné, c’est-à-dire comme des esprits sans corps. La résurrection universelle correspondra au moment où Dieu redonnera un corps à toutes les personnes décédées au cours de l’histoire de l’humanité.
Parfois, la résurrection et la transformation des corps sont associées dans la Bible. Cette transformation du corps ressuscité est décrite seulement en relation avec les chrétiens. Ces corps glorifiés seront différents de la constitution actuelle des corps humains non pas dans leur matérialité (nous ne serons pas des fantômes, désincarnés), mais dans leur qualité spirituelle. La nouvelle qualité spirituelle qui animera les corps ressuscités impliquera une inclinaison vers le bien, le beau et le bon plutôt que vers le mal et l’égoïsme. La résurrection rime donc avec l’élimination de la nature pécheresse et ses conséquences comme la mortalité (1 Co 15,35-58).
Le tout premier écrit chrétien qui est apparu dans l’histoire, 1 Thessaloniciens (écrit en l’an 51), traite de cette question fondamentale de la résurrection comme fondement de l’espérance chrétienne. En 1 Th 4,15-16, on peut lire : “Voici, en effet, ce que nous vous déclarons, d’après une parole du Seigneur : nous les vivants, restés pour l’avènement du Seigneur, nous ne devancerons pas ceux qui se sont endormis [c-à-d. ceux qui sont morts]. Car le Seigneur lui-même, à un signal donné, à la voix d’un archange, au son de la trompette de Dieu, descendra du ciel et les morts en Christ ressusciteront en premier lieu.” Ce passage affirme clairement que ce qui suit immédiatement avec la venue eschatologique de Jésus est “premièrement” la résurrection. Il est intéressant de remarquer que Paul parle strictement ici des “morts en Christ”. Ce “premièrement” appliqué ici à ceux qui sont “morts en Christ” sous-entend-il une distinction entre la résurrection des chrétiens et celle des non-chrétiens ? Paul ne parle-t-il pas ailleurs, d’une résurrection universelle, des croyants et des non-croyants ? Non. En fait, si nous n’avions que les lettres de l’apôtre Paul, nous conclurions que seulement les chrétiens ressusciteront, car il relie toujours la résurrection eschatologique à l’espérance chrétienne, comme il le fait deux versets avant la citation précédente : “Car, si nous croyons que Jésus est mort et qu’il est ressuscité, croyons aussi que Dieu ramènera par Jésus et avec lui ceux qui sont morts” (1 Th 4,14). L’expression “par Jésus et avec lui” démontre que Paul a seulement les chrétiens en vue ici.
Un deuxième texte néotestamentaire important sur le thème de la résurrection eschatologique est 1 Co 15,20-26 :
“20Mais maintenant, Christ est ressuscité d’entre les morts, il est les prémices de ceux qui sont décédés. 21Car, puisque la mort est venue par un homme, c’est aussi par un homme qu’est venue la résurrection des morts. 22Et comme tous meurent en Adam, de même aussi tous revivront en Christ, 23mais chacun en son rang : Christ comme prémices, puis ceux qui appartiennent au Christ, lors de son avènement. 24Ensuite viendra la fin, quand il remettra le royaume à celui qui est Dieu et Père, après avoir anéanti toute principauté, tout pouvoir et toute puissance. 25Car il faut qu’il règne jusqu’à ce qu’il ait mis tous ses ennemis sous ses pieds. 26Le dernier ennemi qui sera anéanti, c’est la mort.”
Ce texte va dans le même sens que 1 Th, à savoir que ce sont “ceux qui appartiennent à Christ” (v. 23) qui seront ressuscités à la fin de l’histoire humaine. Cependant, immédiatement après le v. 23, Paul décrit la Fin avec un grand “F”, où il détruit les puissances des ténèbres. À quoi fait référence l’expression “principauté, pouvoir, puissance” ? En 1 Co 2,6-8 Paul parle “des chefs de ce siècle, qui vont être anéantis”. D’après la majorité des biblistes, “ces chefs sont aussi bien les autorités politiques de l’empire que ces mystérieuses forces du mal qui peuplent les airs et inspirent l’agir délétère de leurs serviteurs terrestres1André Myre, Pour l’avenir du monde : la résurrection revisitée, Québec, Fides, 2007, p. 142..”
L’anéantissement de toute “principauté, pouvoir et puissance” en 1 Co 15,24, après la résurrection des croyants, même si l’on suppose qu’il s’agit de la destruction des esprits rebelles à Dieu et des humains impies, n’implique pas nécessairement l’idée d’une résurrection universelle, mais demeure compatible avec celle-ci. Il se peut que Paul ait un scénario semblable à 2 Th 1,6-9 et 2 Th 2,8 où Christ châtie les impies qui habitent encore sur la terre au moment de son retour. Bref, rien chez Paul n’indique une résurrection universelle. Au contraire, la résurrection est toujours le privilège des croyants, privilège dont la portée est difficile comme l’indique Ph 3,8-11 : “j’ai renoncé à tout… afin de gagner Christ… afin de connaître Christ et la puissance de sa résurrection, et la communion de ses souffrances, en devenant conforme à lui dans sa mort, pour parvenir, si je puis, à la résurrection d’entre les morts.”
Enfin, Ap 20,4-6.13-15 innove : la résurrection eschatologique se fait en deux temps et la deuxième inclut tout être humain :
4Et je vis des trônes et à ceux qui s’y assirent fut donné le pouvoir de juger. Et je vis les âmes de ceux qui avaient été décapités à cause du témoignage de Jésus et à cause de la parole de Dieu et de ceux qui n’avaient pas adoré la bête ni son image et qui n’avaient pas reçu la marque sur leur front et sur leur main. Ils revinrent à la vie et ils régnèrent avec Christ pendant mille ans. 5Les autres morts ne revinrent point à la vie jusqu’à ce que les mille ans fussent accomplis. C’est la première résurrection. 6Heureux et saints ceux qui ont part à la première résurrection! La seconde mort n’a point de pouvoir sur eux, mais ils seront sacrificateurs de Dieu et de Christ et ils régneront avec lui pendant mille ans. […] 13La mer rendit les morts qui étaient en elle, la mort et le séjour des morts rendirent les morts qui étaient en eux ; et chacun fut jugé selon ses oeuvres. 14Et la mort et le séjour des morts furent jetés dans l’étang de feu. C’est la seconde mort, l’étang de feu. 15Quiconque ne fut pas trouvé écrit dans le livre de vie fut jeté dans l’étang de feu.
Le v. 4 soutient que les chrétiens seront ressuscités en premier lieu. Cette résurrection des chrétiens est la première résurrection et elle implique l’exemption du châtiment eschatologique. Plus tard, après un règne de Christ – interprété différemment par les amillénaristes, postmillénaristes et prémillénaristes -, la résurrection et la condamnation du reste de l’humanité se fera. Selon l’auteur de l’Apocalypse, tous les êtres humains dans l’histoire reviendront à la vie dans un corps physique. Que ce soit “l’étang de feu” – symbole d’annihilation, de terminaison complète d’une réalité – ou “la nouvelle Jérusalem”, la réalité ultime en sera une, non seulement spirituelle, mais aussi physique, concrète, corporelle.
Références
| ↑1 | André Myre, Pour l’avenir du monde : la résurrection revisitée, Québec, Fides, 2007, p. 142. |
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