Quelle image est la plus adéquate pour exprimer la relation entre Dieu et les croyants ?
On m’a récemment proposé celle du Maître et des esclaves. Je l’ai reçue sans la contredire, puisqu’elle semblait nourrir la foi de mon interlocuteur. Toutefois, à long terme, cette représentation peut s’avérer réductrice.
Il est vrai que l’image du maître et de l’esclave (ou du serviteur) est présente dans l’Écriture. Le terme grec doulos peut d’ailleurs désigner l’un comme l’autre. Cependant, à la lecture attentive de la Bible, il apparaît que Dieu privilégie des images à forte résonnance relationnelle, qui dépassent la simple logique d’autorité et de soumission.
En Osée 2,18, Dieu annonce : “Tu m’appelleras : “Mon mari” et tu ne m’appelleras plus : “Mon maître”.” L’image conjugale remplace explicitement celle du maître. Il y a là un jeu de mots avec une divinité voisine du peuple hébreu. En Osée 2,18, le prophète annonce qu’après avoir dénoncé l’infidélité d’Israël séduite par le culte de Baal — divinité cananéenne associée à la fertilité — Dieu purifiera son peuple au point qu’il ne l’appellera plus “mon Baal” (mon maître), mais “mon mari”, marquant ainsi la rupture avec l’idolâtrie et le rétablissement d’une alliance intime et exclusive. Dans l’évangile selon Jean 15,13-15, Jésus déclare : “Je ne vous appelle plus serviteurs […] mais je vous ai appelés amis.” La relation est élevée au rang d’amitié, fondée sur la révélation et le partage. En Romains 8,14-15 et Galates 4,7-8, Paul affirme que les croyants n’ont pas reçu un esprit de servitude, mais un Esprit d’adoption, par lequel ils crient : “Abba ! Père !” L’image filiale supplante celle de l’esclavage : il ne s’agit plus d’une relation marquée par la crainte, mais d’une appartenance familiale.
Dans ces passages, trois métaphores intimes dominent : l’époux et l’épouse, l’ami et l’ami, le père et l’enfant. Elles traduisent un approfondissement de la relation, rendu possible par l’œuvre du Christ, où l’amour et la proximité prennent le pas sur la simple obéissance.
Certes, les apôtres continuent de se désigner comme “serviteurs” ou “esclaves” du Christ dans les salutations de leurs lettres. Paul développe même cette figure en Philippiens 2, en évoquant le Christ qui s’est abaissé en prenant la condition de serviteur. Néanmoins, immédiatement après, il revient à l’image familiale : “des enfants de Dieu irréprochables” (Ph 2,14-15). Un survol du Nouveau Testament montre que la métaphore de la famille — Père et enfants, époux et épouse — occupe une place structurante et récurrente.
L’image du maître et de l’esclave — ou, dans un registre moderne, celle du patron et des employés — renvoie à une dynamique hiérarchique fondée sur le devoir, la récompense et la sanction. Elle n’est pas fausse, mais elle demeure partielle. Les images familiales et conjugales expriment une réalité plus profonde : la fidélité, l’attachement, la gratuité, la permanence du lien. L’enfant n’est pas un outil au service d’un intérêt supérieur ; il est aimé pour lui-même. Ainsi, la révélation biblique ne nie pas la seigneurie de Dieu, mais elle l’inscrit dans une relation d’alliance et d’amour, où l’autorité s’exerce au sein d’une communion.

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