Mini-réflexion sur la différentiation et la cohésion

01/03/2019

Tout est apporté à l’existence en étant différencié1John H. Walton, The Lost World of Genesis One, Downers Grove IL, InterVarsity, 2009, p. 51..

En ce début d’année, je me laisse aller dans une petite réflexion biblico-psycho-philosophique.

Je crois que John Walton, qui tire ce principe de Genèse 1, ne m’en voudrait pas trop si j’ajoutais à sa belle phrase frappée “et nommé.” Tout est apporté à l’existence en étant différencié et nommé.

Dieu sépara… Dieu nomma.

Je quitte le terrain biblique pour penser en termes contemporains. La différenciation﹣séparer et nommer﹣est importante sur le plan psychologique. Des psychothérapies très fécondes comme  “Self-Differentiation” et “Internal Family System” jettent beaucoup de lumière sur l’âme humaine en exploitant le principe : distinguer les parties intérieures (voix, émotions, pensées) entre elles, reconnaître historiquement d’où elles ont émergées, pour ensuite les nommer ou les expliquer avec intelligence (cette voix intérieure n’est pas la mienne, mais celle de mon père, ou de ma mère, etc.). 

La différenciation est aussi importante dans le monde interpersonnel. On peut penser au processus d’individuation développé par Carl Jung, passage obligé de chaque être humain. C’est par la séparation d’avec sa famille d’origine et la découverte autonome du monde qu’une personne construira son identité. C’est réaliser que nous sommes une partie unique dans ce monde et que nous avons la responsabilité de notre devenir. Ou pour se convaincre de l’utilité de la différenciation, on peut encore lire Les identités meurtrières d’Amin Maalouf. Le principe est encore basé sur la tension entre le tout et les parties : mon identité est la somme de mes appartenances, dira ce dernier. Si une d’entre elles est menacée, elle se radicalisera au point éventuellement de devenir tout l’être. 

Cette sagesse hébraïque﹣tout est apporté à l’existence en étant différencié﹣me semble aussi mettre en lumière un aspect positif du postmodernisme : la reconnaissance des contextes, des adresses, de nos limites, de notre histoire. Admettre notre juridiction d’existence, c’est reconnaître que je suis une des infimes parties de ce monde. Et comme partie, j’existe pour ceux qui me différencient, c’est-à-dire pour ceux qui me sépare de la masse montréalaise, québécoise, mondiale et qui m’appelle par mon nom. Et dans la solitude et l’impression d’anonymat, il est bon de se souvenir que Dieu appelle ses enfants par leur nom, qu’il ne nous oublie pas comme s’il nous avait confondue dans la masse de 7 ou 8 milliards de personnes.

Parfois, à trop vouloir l’harmonie et l’unité, on passe par-dessus ce principe de différentiation. C’est vrai dans notre âme, c’est vrai dans nos relations. Mais la vraie cohésion passe par la reconnaissance des parties. Et le fait que deux êtres partagent une même origine (créés à l’image de Dieu) et une même finalité (créés pour connaître Dieu) constitue également le dénominateur commun empêchant de verser dans l’émiettement.

J’avais un professeur, philosophe né, qui disait que dès l’âge de 10 ans, il cherchait le principe de cohésion de l’univers. Ma méditation sur cette question m’amène ici pour l’instant : le principe de cohésion de l’univers se trouve dans le paradoxe de la reconnaissance d’une origine et d’une finalité commune en Dieu et la reconnaissance de la valeur, la beauté et la juste place des différentes parties. “Pour nous, il y a un seul Dieu, de qui toutes choses viennent et vers qui nous allons et un seul Seigneur, par qui toutes choses vont et par qui nous allons” (1 Co 8,6).

Références   [ + ]

1. John H. Walton, The Lost World of Genesis One, Downers Grove IL, InterVarsity, 2009, p. 51.

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