Être ou ne pas être comme des enfants? (partie 1)

04/18/2015

En employant l’image de l’enfant pour illustrer certains points spirituels, Jésus associait-il “foi et simplicité d’esprit” ? Comme les enfants croient assez facilement sans poser de questions, de même, on invite parfois les chrétiens à croire en toute simplicité, sans trop se poser de question. Lorsque les questions sur certaines croyances chrétiennes deviennent trop difficiles à répondre, trop complexes, certains ont alors recours au slogan “Il faut avoir une foi d’enfant.” Mais est-ce vraiment ce que Jésus voulait dire lorsqu’il a invité ses disciples à prendre pour modèle les enfants?

Dans cette série d’articles, je vais examiner les passages bibliques où l’enfant est utilisé comme illustration théologique. J’espère démontrer que :

  • Il y a une diversité d’aspects auxquels la vie chrétienne est comparée aux enfants,
  • C’est le contexte immédiat de chaque texte biblique qui détermine le point de comparaison,
  • Certains aspects sont donnés en exemples et d’autres en contre-exemples,
  • La foi ou la crédulité des enfants n’entre pas dans la catégorie “exemples”, mais plutôt “contre-exemples”.
  • L’humilité des enfants entre dans la catégorie “exemples”.

Commençons avec Jésus avant de considérer, dans un prochain article, ce qu’en ont dit les apôtres. Dans les évangiles, Jésus a donné trois fois en exemple les enfants (il n’a jamais utilisé l’image de l’enfant en contre-exemple). Regardons chacun de ces passages afin de mieux les comprendre dans leur contexte littéraire.

1 – Être comme un enfant pour être grand

En Marc 9,33-37 (parallèles en Matthieu 18,1-5 et Luc 9,46-50), après que Jésus ait annoncé sa mort aux disciples, ces derniers discutèrent en privée concernant qui d’entre eux était le plus grand (probablement pour déterminer qui serait le prochain leader du groupe, le successeur du maître qui vient de leur annoncer son départ). C’est alors que Jésus dit : “Si quelqu’un veut être le premier, il sera le dernier de tous et le serviteur de tous.” (Marc 9,35) Au même moment, Jésus prit un enfant dans ses bras et dit aux disciples : “Quiconque reçoit en mon nom un de ces petits enfants me reçoit moi-même…” (Marc 9,37) L’enfant est donc une image qui représente les “petits” (auxquels Jésus s’associe) en opposition aux “grands”, “les derniers” en contraste avec “les premiers”.

Partout dans la Bible, être le premier implique d’avoir une prééminence, un pouvoir social, une supériorité hiérarchique :

Les indicateurs de la prééminence en lien avec le fait d’être le premier sont présents partout dans le monde gréco-romain. Par exemple, le titre officiel pour César, ‘princier’ veut dire ‘premier citoyen’. Flavius Josèphe utilise hoi protoi [les premiers] pour faire référence aux dirigeants de n’importe quelle organisation gouvernementale. Dans presque tous les cas, le statut prioritaire du premier exprime la structure des relations sociales1John J. Pilch et Bruce J. Malina, A Handbook of Biblical Social Values, Peabody, Hendrickson, 1998, p. 167..

Par exemple, en Genèse 49,3-4, Abraham liait le statut de premier-né de Ruben à sa grandeur : “Ruben, toi, mon premier-né, ma force et les prémices de ma vigueur, supérieur en dignité et supérieur en puissance, impétueux comme les eaux, tu n’auras pas la prééminence! (…)”

L’enfant étant donc associé aux petits et aux derniers en contraste avec les grands et les premiers, il devient de plus en plus clair que le point de l’illustration de Jésus touche à l’humilité. L’humilité que Jésus prône en est une qui ne cherche pas à être supérieur aux autres pour les dominer et les diriger, mais à être le “serviteur de tous” (Mc 9,35).

L’évangéliste Matthieu appuie aussi l’idée que le point de la comparaison concerne l’humilité en particulier : dans le même épisode auquel je viens de faire référence (Mc 9,33-37), Matthieu ajoute ces mots pour nous aider à bien saisir le sens précis : “C’est pourquoi, quiconque se rendra humble comme ce petit enfant sera le plus grand dans le royaume des cieux.” (Mt 18,4)

Enfin, l’humilité interpersonnelle comme valeur théologique est massivement confirmée par les autres passages bibliques qui parlent aussi de l’importance d’une telle humilité “horizontale”. Pour ne donner que quelques exemples : Ph 2,3-8, Col 3,12, Ép 4,1-3, Mt 23,8-12, Rm 12,3, etc. De même, l’association étroite de Jésus avec les humbles, les “petits”, les personnes vulnérables, marginales et méprisées trouve écho notamment dans Mt 25,40-45.

2 – Recevoir le royaume comme un enfant

Voici un deuxième passage dans l’Évangile de Marc où Jésus donne les enfants en exemple :

13 On lui amena des petits enfants afin qu’il les touchât. Mais les disciples reprirent ceux qui les amenaient. 14 Jésus, voyant cela, fut indigné et leur dit : ‘Laissez venir à moi les petits enfants et ne les en empêchez pas, car le royaume de Dieu est pour ceux qui leur ressemblent. 15 Je vous le dis en vérité, quiconque ne recevra pas le royaume de Dieu comme un petit enfant n’y entrera point.’ 16 Puis il les prit dans ses bras et les bénit en leur imposant les mains. (Marc 10,13-162Parallèles en Mt 19,13-15 et Lc 18,15-17. J. Scott Duvall, après avoir analysé la péricope du pharisien et du péager en Luc 18,9-14 (qui précède celle sur les enfants), affirme ceci : “La foi véritable, la sorte de foi que Jésus désirera trouver à son retour, implique une simple humilité et dépendance sur le Seigneur en contraste à toute sorte d’auto-suffisance [qualification de la foi comme attitude]. Ce n’est donc pas étonnant que dans l’épisode suivant, Jésus appelle les adultes à adopter une foi d’enfant [déjà qualifié précédemment d’humilité et dépendance] s’ils veulent entrer dans le royaume de Dieu (Luc 18,15-17)” (J. Scott Duvall. 2012. Devotions on the Greek New Testament : 52 Reflections to inspire & Instruct. Grand Rapids: Zondervan, p.37; les crochets sont de moi). Cette citation a le mérite de mettre en évidence que la foi en question est à comprendre sous le rapport de l’humilité et de l’insuffisance personnelle (dépendance) vis-à-vis Dieu qui trouvent écho dans l’épisode où Jésus donne en exemple les enfants. Une fois qualifiée ainsi, je pense qu’il est correct d’ensuite utiliser l’expression “une foi d’enfant” par la suite comme le fait Duvall. Mais le problème, quand les gens disent qu’il faut avoir “une foi d’enfant”, c’est que la plupart qualifient cette expression sous l’aspect épistémologique en l’associant à une certaine naïveté intellectuelle, ou à un faible standard d’exigence épistémique. Une telle compréhension, comme on le verra dans la partie 2 de cette série, va à l’encontre de la conception biblique de la foi. Bref, si quelqu’un parle d’avoir “une foi d’enfant”, on devrait demander “qu’est-ce que tu veux dire par là?”… car l’expression est “utilisable” si elle est bien qualifiée et “anti biblique” si elle n’est pas bien qualifiée. Mieux vaut être clair comme dans le livre Pour une foi réfléchie : “Jésus vise l’humilité qui consiste à reconnaître notre besoin de Dieu.” (Alain Nisus et al.Pour une foi réfléchie. Théologie pour tous, Alain Nisus (ed.), Romanel-sur-Lausanne, La Maison de la Bible, 2015, p. 621).)

Notons d’abord que dans cette illustration qu’emploie Jésus, le point de comparaison n’est pas fait (en Matthieu et en Luc, qui relatent le même épisode, non plus). Autrement dit, Jésus ne dit pas en quoi nous devons ressembler aux petits enfants (Mc 10,14).

Est-ce en toutes choses que nous devons ressembler aux enfants ? Est-ce dans le fait de ne pas travailler ? Est-ce dans le fait de pleurer si nous n’avons pas immédiatement les choses que nous voulons ? Si ce n’est pas en toutes choses que nous devons imiter les enfants, quel est le point de Jésus alors ?

Ce passage de l’Évangile de Marc dit que c’est dans la façon de recevoir le royaume qu’il faut imiter les enfants (Mc 10,15). Mais encore là, c’est très vague. Qu’est-ce que “recevoir le royaume comme un enfant” veut dire? Dans son commentaire biblique expliquant l’arrière-plan culturel du récit, Craig Keener nous met sur une piste intéressante :

Les enfants étaient aimés, mais ils étaient socialement impuissants. (…) Pressés de poursuivre l’action nécessaire pour instituer le royaume, les disciples avaient peu de temps pour les personnes qui n’avaient pas de pouvoir politique. Certains pensaient que le royaume devait être instauré par la force des armes, d’autres par une réforme morale radicale, et ainsi de suite. Mais bien que les Juifs (contrairement aux Grecs) respectaient l’humilité, personne ne s’attendait que le royaume viendrait par le fait de devenir impuissant comme les enfants. Celui qui est totalement sans pouvoir ne peut dépendre que sur Dieu et Dieu seul3Craig Keener, The IVP Bible Background Commentary : New Testament, Downers Groove, IVP Academic, 1993, p. 161-162..

Keener affirme donc que le point de comparaison est l’humilité basée le besoin de Dieu à cause d’un statut d’impuissance. Le contexte littéraire confirme cette lecture.

Il est intéressant de remarquer que, dans les trois évangiles où l’on voit Jésus dire qu’il faut recevoir le royaume comme un enfant, cet épisode est immédiatement suivi par l’épisode du riche (quelqu’un de puissant) qui est incapable de recevoir le royaume. Jésus invite ce jeune homme riche à adopter une posture d’insuffisance personnelle l’amenant à reconnaître son besoin de Dieu. Jésus commence par pointer le fait que c’est en respectant la loi de Moïse qu’on obtient la vie éternelle. Le jeune homme se pensant correct à ce niveau, Jésus le pousse plus loin : il lui demande de vendre ses biens et de les donner aux pauvres pour le suivre. Il l’appelle donc à dépendre radicalement de Dieu sur le plan matériel comme les enfants dépendent de leurs parents. Les adultes sont habitués d’obtenir par leurs efforts ce dont ils ont besoin. Mais le royaume de Dieu peut être accueilli dans l’humilité seulement, de la manière que les enfants acceptent les dons gratuits que les parents leur offrent pour répondre à leurs besoins.

Jésus désire briser la confiance que le riche met non seulement dans sa prétention à respecter parfaitement les commandements de Dieu, mais aussi dans la confiance qu’il puise dans ses propres richesses. C’est seulement en reconnaissant qu’il n’est pas capable de respecter les commandements de Dieu et que sa sécurité et son bonheur personnel ne peuvent pas se trouver dans ses richesses que le jeune homme riche pourra reconnaître que c’est de Jésus dont il a vraiment besoin pour avoir la vraie vie :

Mais lui s’assombrit à ces paroles et s’en alla tout triste, car il avait de grands biens. Jésus, regardant autour de lui, dit à ses disciples : “Qu’il est difficile à ceux qui ont des biens d’entrer dans le royaume de Dieu !” Les disciples étaient stupéfaits par ses paroles. Et Jésus reprit et leur dit : “Mes enfants, qu’il est difficile d’entrer dans le royaume de Dieu.” (Mc 10,22-24)

Cela va dans le même sens que ce que Jésus dit en Lc 12,15 : “Gardez-vous avec soin de toute avarice, car la vie d’un homme ne dépend pas de ses biens, fût-il dans l’abondance.” Le problème pour le riche n’est pas qu’il soit riche. C’est qu’il se confie dans ses richesses, c’est-à-dire qu’il trouve sa sécurité existentielle dans ses richesses et cela l’empêche de répondre à l’appel de Jésus. Un enfant, qui n’a rien, n’aurait pas cet empêchement.

C’est sans doute pourquoi Jésus appelle ses disciples “mes enfants” (Mc 10,24) ; eux qui ont tout quitté pour suivre Jésus (Mc 10,28-30). Ils sont donc devenus, en partie, comme des enfants c’est-à-dire humblement dépendants de Dieu. Cependant, bien qu’ils reconnaissent leur besoin de Dieu en ce qui concerne les biens matériels, ils croient encore que le royaume de Dieu s’établira par leurs propres forces.

C’est donc la disposition d’esprit par laquelle nous reconnaissons que nous avons des besoins que seule une aide extérieure plus forte que nous peut combler gratuitement qui rend une personne réceptive au royaume de Dieu :

  • « Cette scène n’est pas premièrement à propos des enfants, mais à propos du royaume. Les enfants sont une illustration des sortes de personnes qui sont incluses : ceux qui n’ont pas de mérites, mais reçoivent le royaume comme un don de Dieu4Eugene M. Boring et Fred B. Craddock, The People’s New Testament Commentary, Louisville, Westminster John Knox, 2009, p. 150.. »
  • « Les enfants permettent aux gens de leur donner des choses sans avoir la moindre pensée de mérite… Et ce n’est qu’en adoptant une telle attitude enfantine que l’on peut s’approprier la bénédiction du royaume de Dieu5F. F. Bruce (ed.), New International Bible Commentary, Grand Rapids MI, Zondervan, 1979, p. 1170.. »
  • « La parole [de Jésus] pointe donc vers la qualité de la réceptivité, de la disposition à accepter le royaume comme un don. (…) Compris comme une comparaison pointant vers l’acceptation enfantine du royaume comme un don, une grâce, cette tradition est en accord avec les paraboles sur la grâce et d’autres thèmes dans les évangiles canoniques qui mettent l’emphase sur le fait que le royaume est donné par le Père6Howard C. Kee, “Becoming a Child” dans The Gospel of Thomas, Journal of Biblical Literature, 1963, p. 307-308.. »

Pour conclure ce point, l’idée que Jésus donne en exemple l’humilité vis-à-vis son pourvoyeur (les adultes pour les enfants, Dieu pour les croyants) est aussi attestée par d’autres auteurs du Nouveau Testament : Jc 4,10, 1 Pi 5,5-6. Appelons cela l’humilité verticale (l’individu par rapport à Dieu).

Êtes-vous des enfants à ce niveau? Admettez-vous avoir besoin de Dieu dans votre vie à un niveau ou à un autre ? Avez-vous des aspirations profondes que vous ressentez ne pas pouvoir être capable de satisfaire vous-mêmes ? À titre d’illustration, pour ma part, quand j’étais adolescent, je suis arrivé à un point dans ma vie où j’ai réalisé drastiquement que la mort pouvait m’atteindre par surprise et que je n’étais pas prêt à cela. Dieu s’est alors manifesté à moi et m’a donné une espérance, voire même une assurance intérieure profonde, qu’en mettant ma foi en Jésus, la mort n’aurait pas le dernier mot sur moi comme elle n’a pas eu le dernier mot sur Jésus.

Notons que jusqu’à maintenant, Jésus utilise toujours l’image de l’enfant comme symbole d’humilité (soit avec l’idée de servir ou de reconnaître ses besoins et son insuffisance, qualités qui rendent ouverts aux dons de Dieu). Jamais les passages ne font référence à une foi naïve, à la crédulité qui pourrait caractériser les enfants. Mais est-ce encore le cas dans le prochain passage où Jésus compare les enfants aux intelligents ?

3 – L’évangile révélé aux enfants et non aux intelligents

En ce temps-là, Jésus prit la parole et dit : “Je te loue, Père, Seigneur du ciel et de la terre, de ce que tu as caché ces choses aux sages et aux intelligents et de ce que tu les as révélées aux enfants. Oui, Père, je te loue de ce que tu l’as voulu ainsi. Toutes choses m’ont été données par mon Père et personne ne connait le Fils, si ce n’est le Père, personne non plus ne connait le Père, si ce n’est le Fils et celui à qui le Fils veut le révéler.” (Mt 11,25-277Parallèle en Luc 10,21-24.)

La révélation de qui est Jésus (et qui est Dieu le Père) n’est pas accordée aux sages et intelligents, mais aux enfants. Est-ce à dire qu’il faut croire en toute simplicité, que le fait de vouloir avoir des raisons qui fondent la confiance représente un blocage à la révélation?

Non. Jésus n’est pas contre la sagesse et l’intelligence en soi :

Puisque Matthieu présente ailleurs dans son évangile la “sagesse” et la “compréhension” comme des attributs positifs des disciples eux-mêmes, ces mots ne sont pas un discours glorifiant l’ignorance (7:24-27, 13:51, 23:34, 25:1-13; voir le commandement au v.29 [recevez mes instructions])8Eugene M. Boring et Fred B. Craddock, The People’s New Testament Commentary, Louisville, Westminster John Know, 2009, p.53-54..

Le problème vient quand l’intelligence devient une faculté par laquelle on devient orgueilleux et autosuffisant (1 Co 8,1), quand on perd notre posture d’humble apprenant comme les enfants. Jésus détruit les idoles dans lesquels nous nous confions que ce soit l’intelligence ici, la richesse pour le jeune homme riche, la religiosité pour les pharisiens (Luc 18,9-14), la gloire humaine pour les autres (Jean 5,44, 12,42-43). Ce sont des éléments qui suscitent l’illusion d’être en sécurité, le sentiment d’être en contrôle de notre vie et que celle-ci est satisfaisante. Ce ne sont que des illusions qui nous empêchent de connaître Dieu personnellement et de goûter à la vraie vie, la vie éternelle que Jésus offre gratuitement.

Jésus souligne donc encore ici l’importance cruciale de l’humilité en employant l’image des enfants. Il est possible d’être à la foi intelligent et humble (1 R 3,7-12). Malheureusement, trop souvent ce n’est pas le cas. Jésus critique ici l’intelligence comme moyen de s’élever au-dessus des autres. Jésus critique l’intelligence qui a la prétention de figurer elle-même la vie, qui est Dieu, ce que Dieu peut faire et ne pas faire (comme donner son Fils unique à la croix). Alors que nous ne pouvons même pas savoir ce que pense ou ressent vraiment une personne sans qu’elle nous le révèle, comment les sages et les intelligents peuvent-ils prétendre savoir qui est Dieu et quel est son plan pour l’humanité sans qu’il le leur révèle? (1 Co 1,17 à 2,16) Il y a une différence entre connaitre des choses sur quelqu’un et connaitre personnellement quelqu’un. Dieu désire se révéler, se faire connaître intimement aux humbles.

Un élément du contexte semble confirmer qu’il faut encore comprendre que ce que Jésus loue des enfants ici aussi est leur humilité. Immédiatement après avoir mis en contraste les intelligents avec les enfants, Jésus nous invite à venir à lui à cause d’une caractéristique particulière qu’il possède : “Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués et chargés et je vous donnerai du repos. Prenez mon joug sur vous et recevez mes instructions, car je suis doux et humble de coeur et vous trouverez du repos pour vos âmes.” (Mt 11,28-29)

Nous pouvons venir à Jésus tel que nous sommes, car nous n’avons pas à atteindre des standards élevés. C’est en fait, en reconnaissant notre incapacité à atteindre les standards de la loi de Dieu, en admettant que nous sommes “fatigués et chargés”, que nous pourrons trouver le repos pour nos âmes et non en prétendant être capables d’y parvenir par nos propres forces (qu’elles soient morales, intellectuelles, économiques, religieuses, etc.).

Conclusion

Bref, Jésus a toujours employé l’image des enfants pour louer un trait de caractère particulier chez eux : leur humilité. Cette humilité à l’horizontale (dans notre rapport les uns aux autres) se caractérise par le désir de se mettre au service de son prochain et non chercher à lui être supérieur, le dominer ou affirmer notre valeur par rapport à lui. Cette humilité à la verticale (dans notre rapport à Dieu) est manifestée par l’admission de nos besoins envers Dieu. La reconnaissance de nos besoins couplé à notre incapacité d’y répondre nous-mêmes nous rends réceptifs au royaume de Dieu.

Enfin, remarquez que jamais les contextes littéraires ne permettent d’interpréter cette image sous l’aspect d’une crédulité, simplicité, rapidité à croire. En fait, ailleurs dans le Nouveau Testament (Ép 4,11-15), cet aspect des enfants est donné en contre-exemple… C’est ce que je vais démontrer dans le prochain article alors que je traiterai des autres utilisations métaphoriques de l’enfance dans la Bible…

Résumé en tableau

(Cliquer sur l’image pour agrandir)

Références   [ + ]

1. John J. Pilch et Bruce J. Malina, A Handbook of Biblical Social Values, Peabody, Hendrickson, 1998, p. 167.
2. Parallèles en Mt 19,13-15 et Lc 18,15-17. J. Scott Duvall, après avoir analysé la péricope du pharisien et du péager en Luc 18,9-14 (qui précède celle sur les enfants), affirme ceci : “La foi véritable, la sorte de foi que Jésus désirera trouver à son retour, implique une simple humilité et dépendance sur le Seigneur en contraste à toute sorte d’auto-suffisance [qualification de la foi comme attitude]. Ce n’est donc pas étonnant que dans l’épisode suivant, Jésus appelle les adultes à adopter une foi d’enfant [déjà qualifié précédemment d’humilité et dépendance] s’ils veulent entrer dans le royaume de Dieu (Luc 18,15-17)” (J. Scott Duvall. 2012. Devotions on the Greek New Testament : 52 Reflections to inspire & Instruct. Grand Rapids: Zondervan, p.37; les crochets sont de moi). Cette citation a le mérite de mettre en évidence que la foi en question est à comprendre sous le rapport de l’humilité et de l’insuffisance personnelle (dépendance) vis-à-vis Dieu qui trouvent écho dans l’épisode où Jésus donne en exemple les enfants. Une fois qualifiée ainsi, je pense qu’il est correct d’ensuite utiliser l’expression “une foi d’enfant” par la suite comme le fait Duvall. Mais le problème, quand les gens disent qu’il faut avoir “une foi d’enfant”, c’est que la plupart qualifient cette expression sous l’aspect épistémologique en l’associant à une certaine naïveté intellectuelle, ou à un faible standard d’exigence épistémique. Une telle compréhension, comme on le verra dans la partie 2 de cette série, va à l’encontre de la conception biblique de la foi. Bref, si quelqu’un parle d’avoir “une foi d’enfant”, on devrait demander “qu’est-ce que tu veux dire par là?”… car l’expression est “utilisable” si elle est bien qualifiée et “anti biblique” si elle n’est pas bien qualifiée. Mieux vaut être clair comme dans le livre Pour une foi réfléchie : “Jésus vise l’humilité qui consiste à reconnaître notre besoin de Dieu.” (Alain Nisus et al.Pour une foi réfléchie. Théologie pour tous, Alain Nisus (ed.), Romanel-sur-Lausanne, La Maison de la Bible, 2015, p. 621).
3. Craig Keener, The IVP Bible Background Commentary : New Testament, Downers Groove, IVP Academic, 1993, p. 161-162.
4. Eugene M. Boring et Fred B. Craddock, The People’s New Testament Commentary, Louisville, Westminster John Knox, 2009, p. 150.
5. F. F. Bruce (ed.), New International Bible Commentary, Grand Rapids MI, Zondervan, 1979, p. 1170.
6. Howard C. Kee, “Becoming a Child” dans The Gospel of Thomas, Journal of Biblical Literature, 1963, p. 307-308.
7. Parallèle en Luc 10,21-24.
8. Eugene M. Boring et Fred B. Craddock, The People’s New Testament Commentary, Louisville, Westminster John Know, 2009, p.53-54.

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