Jésus, une naissance miraculeuse?

12/19/2012

Pour les chrétiens, la journée de Noël consiste à se souvenir de l’incarnation du Fils de Dieu par l’entremise d’une conception miraculeuse dans le ventre de Marie. Une des questions que l’on pourrait se poser est celle-ci : Y’a-t-il des raisons de croire en la naissance miraculeuse de Jésus outre le fait qu’on croit que la Bible est la parole inspirée de Dieu? Voici quelques raisons allant dans ce sens…

Les coïncidences non intentionnelles entourant la naissance de Jésus

Qu’est-ce qu’une coïncidence non intentionnelle? C’est un détail que l’on trouve dans une source B qui vient confirmer une interrogation que l’on avait en lisant une source A concernant le même événement relaté. Des exemples viendront… (Ceux qui sont pressés peuvent aller directement voir le tableau au bas!)

Ce n’est pas tous les évangiles qui racontent la naissance de Jésus. Seulement les évangiles de Matthieu et de Luc le font. En les comparant, on voit qu’ils ont des sources différentes puisqu’ils ne racontent pas les mêmes événements concernant la naissance de Jésus ou ne les racontent pas dans les mêmes mots. Certains points se recoupent, mais la plupart sont différents. Voici quelques questions que l’on peut se poser en lisant un évangile et qui sont répondues par un autre évangile…

1 – Comment Joseph a-t-il réagi lorsque Marie lui a annoncé qu’elle était enceinte tout en étant encore vierge?

Si on lit Luc, on voit qu’un ange apparaît à Marie pour lui annoncer qu’elle sera enceinte quoique vierge. Le Saint-Esprit fera le miracle nécessaire. Or, après cette annonce, on voit Joseph un peu plus tard qui va à Bethléem avec Marie afin de se faire enregistrer pour le recensement. Mais comment a-t-il réagi au fait que Marie était enceinte et que l’enfant n’était pas de lui? Luc ne nous le dit pas. Rien dans l’évangile de Luc ne nous explique comment il a réagi et pourquoi il est resté avec Marie malgré l’explication difficile à croire. Pour avoir une réponse à ce niveau, il faut lire l’évangile de Matthieu qui vient répondre à cette question :

19 Joseph, son époux, qui était un homme de bien et qui ne voulait pas la diffamer, se proposa de rompre secrètement avec elle. 20 Comme il y pensait, voici qu’un ange du Seigneur lui apparut en songe et dit : Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre avec toi Marie, ta femme, car l’enfant qu’elle a conçu vient du Saint-Esprit, 21 elle enfantera un fils, et tu lui donneras le nom de Jésus, car c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés” (Matthieu 1:19-21).

Voilà un questionnement de réglé! Joseph allait annuler le mariage parce qu’il ne croyait pas à son explication, mais un ange intervint et lui confirma que Marie disait vrai. Pareillement, si on prend juste Matthieu, on ne sait pas comment Marie est venue elle-même à comprendre pourquoi elle était enceinte. Il faut lire Luc pour le savoir. En lisant chaque récit séparément, on reste avec des questionnements et des “trous” qui ne nous permettent pas de comprendre le tout. Mais pris ensemble, ils s’expliquent mutuellement. Y’a plus intéressant encore…

2 – Comment les gens dans leur entourage ont-ils réagi?

Au premier siècle, en Israël, une grossesse hors mariage était loin d’être accepté comme aujourd’hui au Canada. Comment les gens de l’entourage ont-il réagi en voyant Marie enceinte sans être mariée? On a vu au point précédent que Joseph ne croyait pas à son histoire d’ange et de Saint-Esprit jusqu’à ce qu’un ange lui ait confirmé la version de Marie. Qu’en est-il des gens autour?

En lisant Matthieu et Luc, on n’en sait rien. Cependant, si on lit Marc, on a un tout petit détail très intéressant. Bien que Marc ne nous dit rien sur la naissance de Jésus, il nous rapporte les propos que les gens de la ville où Jésus a grandit ont eu lorsque celui-ci vint les visiter après avoir commencé à gagner en popularité en faisant son ministère (enseignement, miracles, etc) :

1 Jésus partit de là et se rendit dans sa patrie. Ses disciples le suivirent. 2 Quand le sabbat fut venu, il se mit à enseigner dans la synagogue. Ses nombreux auditeurs étaient étonnés et disaient : D’où cela lui vient-il ? Quelle est cette sagesse qui lui a été donnée ? Et comment de tels miracles se font-ils par ses mains ? 3 N’est-ce pas le charpentier, le fils de Marie, le frère de Jacques, de Joses, de Jude et de Simon ? Et ses sœurs ne sont-elles pas ici parmi nous ? Et il était pour eux une occasion de chute. 4 Mais Jésus leur dit : Un prophète n’est méprisé que dans sa patrie, parmi ses parents et dans sa maison (Marc 6:1-4).

L’appellation “fils de Marie” (v.3) était clairement une insulte dans une société patriarcale où les enfants étaient toujours nommés d’après le nom de leur père, excepté si on doutait de l’identité du père biologique1“Mais la naissance de Jésus a été l’objet d’une contestation : l’expression ‘le charpentier, le fils de Marie’ (Marc 6, 3) constitue ‘une insinuation injurieuse sur sa légitimité'” (Bernard Sesboüé, “Saint Paul et la christologie du Nouveau Testament” dans Christophe Raimbault (dir.), Paul et son Seigneur. Trajectoires christologiques des épîtres pauliniennes. XXVIe congrès de l’Association catholique française pour l’étude de la Bible (Angers, 2016), Paris, Cerf, 2018, p. 400. Sesboüé cite André Paul, La Bible. Histoire, textes et interprétations, Paris, Nathan, 1995, p. 97.).. Il y a donc là une corroboration subtile de la naissance virginale. Du moins, c’est le genre de réaction qu’on s’attend de voir de la part de l’entourage de Jésus si vraiment sa conception miraculeuse a eu lieu. Mais ce n’est pas terminé…

Dans l’évangile de Jean, l’autre évangile qui ne parle pas de la nativité, il y a un épisode où Jésus débat avec les chefs religieux de son époque sur son identité et celles des chefs religieux. Les questions débattues étaient celles-ci : qui est Jésus et qui sont les chefs religieux (par rapport à Dieu)? Voici un moment clé du débat :

[Jésus dit:] Vous, vous faites les œuvres de votre père. Ils lui dirent : Nous, nous ne sommes pas nés de la prostitution. Nous avons un seul Père, Dieu” (Jean 8:41).

Ouch! Quelle insulte! Il traite la mère de Jésus de… prostitué! Mais pourquoi? Rien dans l’évangile de Jean ne nous l’explique. Pour comprendre, il faut lire soit Luc ou Matthieu! C’est parce qu’ils avaient entendu parler du fait que Marie était devenue enceinte avant d’être mariée avec Joseph. La version de Marie et Joseph : c’est un miracle provenant du Saint-Esprit. Mais cela était trop difficile à croire pour les autres, donc une autre interprétation s’est rapidement imposée socialement. Mais cette interprétation suppose le même fait que l’explication de Marie et Joseph : dans tous les cas, Marie a fort probablement tombée enceinte avant d’être mariée avec Joseph.

Tous ces témoignages concordants ne prouvent pas que Jésus a eu une conception miraculeuse. Cependant, ces coïncidences non intentionnelles nous donnent de bonnes raisons de croire que c’est vrai. C’est le genre de petits détails convergents que l’on s’attend de voir si l’histoire de la vierge Marie est vraie.

Ces coïncidences non intentionnelles rejoignent des critères importants employés par les spécialistes pour déterminer l’historicité d’un événement :

  • Sources multiples et indépendantes : Nous avons quatre sources indépendantes qui affirment toutes que Joseph n’était pas le père biologique de Jésus. Deux d’entre ces sources affirment que c’est du Saint-Esprit que Jésus vient.
  • Admissions embarrassantes : Les points mentionnés dans l’évangile de Marc et de Jean sont particulièrement embarrassants. Il est très peu probable que des chrétiens les aient inventées, car ce sont des insultes à l’égard de Jésus. On n’insulte pas son propre Dieu!
  • Attestation ennemie : Dans l’évangile de Jean, au travers l’admission embarrassante, on voit que même les ennemies de Jésus affirment que Jésus ne vient pas de Joseph2Cette accusation était encore utilisée au 3e siècle par Celse : “While Jews may have combated such claims through the use of scripture, Celsus shows that Jews were also employing other non-scriptural arguments to contest these allegations. In the case of the virgin birth, charges of infidelity and the personage of ‘Panthera’ figure prominently…” (Lincoln Blumell, “A Jew in Celsus’ True Doctrine? An examination of Jewish Anti-Christian polemic in the second century CE” Studies in Religion/Sciences Religieuses, 36 (2007), p. 308.)..

Tout cela établit au moins pour sûr, historiquement parlant, que Joseph n’était pas le père biologique de Jésus. Maintenant, on peut avoir la même interprétation que les gens de Nazareth ou les pharisiens, mais souvenez vous qu’à tout cela s’ajoute pleins d’autres éléments : prophéties (accomplissements et prédictions réalisées plus tard), miracles (Jésus était reconnu pour être un thaumaturge, c’est-à-dire un guérisseur et faiseur de miracles), enseignement extraordinaire (pardon, réconciliation, amour, jugement à venir, etc.), affirmations radicales sur sa personne (Fils de Dieu, sa parole prime sur celle de Moïse), résurrection. Dans presque tous ces autres éléments surnaturels entourant sa vie, il y a des coïncidences non intentionnelles (voir autre post en cliquant ici). Au fur et à mesure que ses exemples s’accumulent, de moins en moins il devient raisonnable de dire que tout a été inventé! Croire que Jésus est le Fils de Dieu demande certainement de la foi, mais c’est en une bien fondée!

Au-delà de la conclusion que les évangiles sont fiables, ces détails concordants révèlent le genre de souffrance que Jésus endura sans doute dès son enfance et jusque dans sa vie adulte : “La question liée à ses parents a été un scandale qu’il a porté avec tous ceux et celles qui sont faussement étiquetés ‘d’indésirables moralement’ pour quelque chose hors de leur contrôle comme les personnes qui ne connaissent pas leurs parents et les victimes de viol…3David Instone-Brewer, The Jesus Scandals: Why he Shocked his Contemporaries (and still shocks today), Oxford, Monarch, 2012, p. 21. 

Références   [ + ]

1. “Mais la naissance de Jésus a été l’objet d’une contestation : l’expression ‘le charpentier, le fils de Marie’ (Marc 6, 3) constitue ‘une insinuation injurieuse sur sa légitimité'” (Bernard Sesboüé, “Saint Paul et la christologie du Nouveau Testament” dans Christophe Raimbault (dir.), Paul et son Seigneur. Trajectoires christologiques des épîtres pauliniennes. XXVIe congrès de l’Association catholique française pour l’étude de la Bible (Angers, 2016), Paris, Cerf, 2018, p. 400. Sesboüé cite André Paul, La Bible. Histoire, textes et interprétations, Paris, Nathan, 1995, p. 97.).
2. Cette accusation était encore utilisée au 3e siècle par Celse : “While Jews may have combated such claims through the use of scripture, Celsus shows that Jews were also employing other non-scriptural arguments to contest these allegations. In the case of the virgin birth, charges of infidelity and the personage of ‘Panthera’ figure prominently…” (Lincoln Blumell, “A Jew in Celsus’ True Doctrine? An examination of Jewish Anti-Christian polemic in the second century CE” Studies in Religion/Sciences Religieuses, 36 (2007), p. 308.).
3. David Instone-Brewer, The Jesus Scandals: Why he Shocked his Contemporaries (and still shocks today), Oxford, Monarch, 2012, p. 21.

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